~ Partenariat UE-Tunisie: Un think tank à l’initiative de SOLIDAR Tunisie ... ~

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Slim Maâtoug

Il s’agit d’une action à saluer par tous les Tunisiens mais surtout par les décideurs qui se trouvent au plus haut niveau de la hiérarchie. Une initiative à saluer, certes, mais surtout à appuyer et à soutenir tant l’intérêt est grand, important voire même vital pour la nation.

En fait il s’agit d’une initiative de la société civile tunisienne, qui a été lancée par SOLIDAR Tunisie et qui a vu l’adhésion complète et absolue d’un nombre d’associations mais aussi d’acteurs influents de la scène sociale tunisienne, en l’occurrence l’UGTT pour ne citer que cet exemple.
Pour se mettre dans le bain il s’agit de la relation qu’a la Tunisie avec l’Union Européenne et plus précisément les accords censés faire profiter la Tunisie d’un certain nombre d’avantages dans le cadre de la politique de partenariat avec le vieux continent essentiellement sur le plan économique et commercial.

C’est dans ce cadre que SOLIDAR Tunisie a lancé cette initiative et pour ce faire, pas moins d’une vingtaine d’associations et d’organisations, tous des acteurs de la société civile tunisienne, ont été conviées à une réunion, qui s’est déroulée à Tunis en date d’hier, mercredi 16 septembre 2015, où un certain nombre de points en relation directe avec l’ordre du jour ont été exposés mais surtout discutés entre les différents présents afin d’établir une feuille de route à même de pouvoir faire émerger un plan d’action capable de faire bouger les choses tant sur le plan politique, en Tunisie (au niveau des gouvernants) mais aussi et surtout au plan européen avec une sollicitation directe de la partie « UE ».

Pour citer en vrac les présents, il y avait bien évidemment des représentants de SOLIDAR Tunisie mais aussi de l’UGTT, de l’Ordre des avocats, de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, de Mourakiboun, de I watch, de l’Association Twensa…etc. (cette liste n’est pas exhaustive).

Au départ c’est Madame Lobna Jeribi qui a pris la parole, et qui était par la même occasion la modératrice des débats, pour présenter l’objet de la séance de travail. Il est à noter dans ce cadre, que la concernée s’est reconvertie dans le travail sur le terrain pour le compte de la société civile, et ce, au sein de SOLIDAR Tunisie, après avoir été pendant longtemps, une figure incontournable du parti politique Ettakatol duquel elle a démissionné.

Lobna Jeribi a mis les choses dans leur contexte, en faisant une brève présentation de l’ordre du jour à savoir, la nécessité de faire le bilan des Accords de libre échanges complets et approfondis (ALECA) UE-Tunisie, et ce, à deux niveaux différents : le national (avec les autorités tunisiennes) mais aussi avec la partie européenne. Lobna Jribi a expliqué que cette action revêt une importance cruciale pour la deuxième ère de ces ALECA dont les négociations seront bientôt entamées, à savoir au mois d’octobre prochain, qui arrive à grands pas. Car faire l’état des lieux permettra pour la partie tunisienne une meilleure négociation mais aussi et surtout une meilleure personnification des attentes de la Tunisie d’un tel partenariat, si l’on peut l’appeler de la sorte. Il est crucial de pouvoir analyser avec les chiffres ce que chaque partie a pu tirer comme avantages lors du cycle ayant pris fin afin de pouvoir recadrer les choses et les améliorer surtout en cette période post révolutionnaire ou la réalité du terrain a bien changé et où la Tunisie aspire à un essor économique qui peine à se réaliser.

C’est dans ce contexte qu’elle a expliqué qu’aussi bien le gouvernement tunisien que le Parlement européen ont été touchés et approchés pour deux entrevues, durant lesquelles l’état des lieux pourrait être discuté et pourquoi pas inclure la société civile dans l’élaboration et la négociation des nouveaux ALECA.

Par la suite, c’est Sami Aouadi (SOLIDAR Tunisie) qui a pris la parole. Economiste de formation, il a mis l’accent, essentiellement sur le volet économique en évoquant une multitude de chiffres mais aussi d’exemples concrets qui remettent en question, et en profondeur, les soi-disant gains ou avantages que la Tunisie a pu tirer des anciens ALECA.

Sami Aouadi a expliqué que bien qu’il s’agisse en façade d’un partenariat UE-Tunisie, il s’agit en fait de 3 ou 4 pays qui représentent justement cette UE, avec en tête de file la France suivie essentiellement par l’Allemagne et l’Italie. Il a expliqué que les marchés de ces 3 pays sont en déclin ou à défaut stagnants, c’est pourquoi il fallait trouver de nouvelles richesses et que ceci ne pouvait mieux exister que dans les pays du sud de la méditerranée. Dans ce cadre, il a démontré, chiffres et exemples à l’appui, que les anciens ALECA n’ont pas été bénéfiques à la Tunisie, sur différents volets et plans comme par exemple pour ce qui est du secteur agricole où l’agriculture tunisienne a été bafouée à souhait alors qu’en contrepartie en Europe il existait la PAC (politique agricole communautaire) qui encadrait et renforçait les agriculteurs des ces Etats européens, où il n’est pas exclu de voir des multinationales agricoles alors qu’en Tunisie, nous sommes encore à la traine en la matière et qu’il n’est pas du tout propice de faire la comparaison tant les inégalités sont flagrantes.

Sami Aouadi a, entre autre, évoqué le cas des taxes douanières qui ont été supprimées bonnement et simplement pour nombre de produits d’importations européennes. Une manne financière que l’Etat tunisien a perdue et qui représente des sommes colossales. Pour ne donner qu’un petit exemple en chiffre, il a fait savoir que ces taxes représentent 34% des ressources propres de la Tunisie pour le budget de l’Etat ce qui n’est point négligeable et ce qui mettrait la Tunisie à l’abri du fait de contracter des crédits auprès des instances financières internationales pour boucler le budget de l’Etat et la loi des Finances à chaque exercice.

L’intervenant a également évoqué le danger que ce genre d’ALECA représentent pour le pays puisque dans l’esprit de ces accords il faut se conformer à des normes internationales en la matière de libres échanges ce qui touche à l’autorité de l’Etat et à son image puisque la Tunisie devient perméable et de ce fait n’est plus à l’abri de poursuites judiciaires au niveau international par l’un des Etats qui font partie de ces ALECA en question. D’ailleurs la Tunisie en a déjà fait les frais dans le passé et a été condamnée, d’où, justement l’intérêt et la nécessité de revoir tout cela d’une façon académique, étudiée et surtout se mettre dans l’ère du temps afin de garantir au pays le meilleur résultat et les meilleures conditions pour une nouvelle phase de partenariat avec l’UE.

En somme, Sami Aouadi a insisté sur le fait que le partenariat UE-Tunisie a été beaucoup plus profitable à la partie européenne, et ce, malgré les appellations pompeuses du genre « partenaire privilégié » et autres qu’a évoqué à un certain moment le Président français Nicolas Sarkozy. Il a indiqué que tous les chiffres attestent d’un constat négatif pour la partie tunisienne et que le meilleur exemple pour illustrer la chose était le fait que les IDE (investissements directs étrangers) ont régressé durant la période de partenariat par rapport à la période qui précédait.

Les présents ont ensuite pris la parole un à un et les interventions étaient, il faut le dire, de qualité pour la plupart des présents. Tout ce beau monde a été unanime sur le fait qu’il faudrait conjuguer tous les efforts afin de converger vers des résultats palpables et concrets. Il n’a pas été caché par les présents, qu’il existe des réticences de la part du gouvernement d’associer la société civile dans ce genre de travaux. En effet, il a été avoué à demi mot que la partie gouvernementale n’accorde pas tellement d’importance pour ce genre d’entreprise car ce qui importe pour les gouvernants c’est l’argent, et de suite, et point l’élaboration d’un plan d’action qui amènerait ses fruits sur le moyen, voire, sur le long terme.

Tous les présents étaient d’accord sur le fait qu’il existe une nécessité de réaliser une étude d’impact indépendante sur les accords ALECA, et qui ne soit pas à l’image de l’étude ECORIYS réalisée en 2013 qui est complètement dépassée et qui a été manipulée et orientée par la partie européenne. Cette étude d’impact indépendante permettrait à la partie tunisienne, dans son ensemble, d’évaluer à juste titre les résultats de ces accords ALECA mais surtout de tirer les enseignements et d’apporter les améliorations adéquates afin que notre pays s’inscrive dans un partenariat gagnant- gagnant.

Toutefois, il ne faut pas se décourager pour autant, car ces associations et organisations de la société civile pèsent sur la scène nationale et ont leur mot à dire, surtout lorsque tout ce beau monde agit en collégialité et dans l’unisson. Avec un soutien des partis politiques, des personnalités influentes dans le pays et avec une médiatisation étudiée et adéquate, le gouvernement peut adhérer à l’idée d’inclure la société civile et ce think tank dans l’élaboration d’une feuille de route qui soit consensuelle, où toutes les parties en sortiraient gagnantes avec pour seul mot d’ordre l’intérêt de la nation, l’intérêt de la Tunisie !

Une initiative, donc à saluer et à encourager, mais surtout à encadrer et à développer au niveau opérationnel afin qu’elle puisse apporter ses fruits !

A suivre… !

Slim Maâtoug



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